15 mai 2009

Une journée à Manyanga


Le soleil de plomb qui écrase le paysage me brûle les yeux et endort la faune.
L'air est sec, et le sol, au moins aussi avare en eau, transforme les rares oasis en improbables zoos improvisés, où semble pourtant régner une harmonie inébranlable.
Chacun boit, à sa façon, sans paraître se soucier de son voisin, comme si ce rassemblement impromptu était ce qu'il y avait de plus naturel.



Ça m'arrange, je suis venu capturer des images, et les querelles de famille ne sont pas photogéniques.
Arrivé il y a tout juste vingt-quatre heures, je suis déjà sur le terrain, bride au coup et sueur au front (entre autres), l'œil déjà sec d'avoir été trop collé au viseur.
Tout s'offre à l'objectif dans cet endroit. Farouchement, certes, mais la nature semble poser pour moi, comme ces petites filles coquettes qui s'efforcent de prendre leur sourire des grandes occasions, comme déclenché par la simple présence d'un photographe.

D'abord soucieux, voire méfiants, les habitants du quartier observent toujours le même rituel en ma présence. Je suis toisé longtemps, reniflé même par les plus audacieux, et au terme de ce protocole, au hasard de leur humeur, je suis finalement, au mieux, ignoré, au pire, laissé seul sur place, une éventuelle collection de clichés de postérieurs de zèbres en cavale à ajouter à mon panthéon de l'échec.

Mais aussi douce que soit l'existence dans ce morceau protégé du Congo, elle ne m'est pas gratuite, et ma dépendance au matériel électronique me rappelle à ma condition de professionnel sur son lieu de travail, comme une bronchite après une nuit à contempler les étoiles.
Je continue donc ma traque, et m'arme de ma meilleure alliée du moment, ma patience, pour me laisser oublier par les bêtes sauvages, et réussir cette photographie que m'a commandé cette marque de voiture, qui, pour une raison qui m'échappe, a décidé de bâtir sa campagne de communication sur l'antithèse la plus criante de son produit.

Le soleil se couche, et je compte en faire autant. Mon esprit est encore plus rempli que mon appareil photo de créatures majestueuses, de vallées sans pylônes, qui me manquent déjà.

Bien sûr, d'aucuns pourraient rire de mon engouement, alors que je n'ai que mon sofa en guise de nature sauvage, et mon chat dans le rôle du fauve féroce.

Mais aujourd'hui, j'ai pris une photo floue dans un jeu vidéo.
La limite qui sépare les expériences dans le réel et dans le virtuel me semble également moins nette.


2 cowabungarrr!:

Game A samedi, 16 mai, 2009  

On devrait empêcher d'écrire des choses si bien pour des choses si onéreuses ; comme les vrais safaris-photos, cette console est un luxe.

Et ton texte un bijou.

Pixoshiru samedi, 16 mai, 2009  

Ben...J...Je...
Aww! ('°3°) <3

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