10 décembre 2008

La fin des jeux vidéo


Oui, c'est la fin.

En tout cas la fin d'un cycle.
Mais récapitulons.

Je discutais récemment avec un ami sur la miséricorde qui nimbe notre profession à tous les deux. Pour mémoire, je travaille toujours chez Bananamoto, fabricant de sourires béats pour Wiiphiles exaltés (entre autres). Et en ce moment, chez Bananamoto, ça banana de l'aile.
Nombre de projets et d'employés sont happés par le grand tourbillon de l'allègement économique, supposé permettre au vaisseau-mère de pouvoir se sortir la tête d'entre les épaules, la conscience financière torchée de près.

Seulement voilà, en décidant de ne se concentrer que sur les projets les plus "solides" et ayant fait leurs preuves, Bananamoto se consolide-t-elle ou enfonce-t-elle encore un peu plus les pieds dans la vase d'un cercle vicieux amorcé depuis la Playstation?

Remontons le temps et grossissons le trait, nous sommes au milieu des années 90, la Playstation de Sony annonce (enfin, disons plutôt en rafle la vedette à la Saturn) l'ère de la 3D temps réel.
Si l'argument technologique a toujours été au moins pour une part le nerf de la guerre entre les différents constructeurs, la Playstation lance une véritable course à l'armement, dynamitant un marché partagé à l'époque essentiellement par Nintendo et Sega, se retrouvant alors face à un outsider redoutable.
Nintendo clapote avec sa Nintendo 64, Sega tente de damer le pion aux deux autres avec sa Dreamcast, mais Sony réitère avec sa Playstation 2, achevant au passage un Sega qui, malgré une identité puissante et une loyauté toute paroissiale de la part de ses fans, n'aura pas su s'adapter au nouveau marché dessiné par Sony. Microsoft se joint à la danse avec une Xbox annonçant clairement que la bataille ne serait pas gagnée d'avance pour Sony.

2006, la lutte Haute Définition fait rage entre la Playstation 3 et la Xbox 360, pendant que la Wii cultive sa hype éphémère (m'emmerdez pas, dans 2 ans on n'en entend plus parler) dans son coin.
Les deux machines sont des monstres, des bêtes de Cell, crachant du polygone normal mappé comme un pachinko crache ses billes, les jeux sont tellement beaux que le cinéma en a des frissons dans les épaules qui font voler ses pellicules parfois jusque dans l'oubli, le jeu vidéo est le loisir officiel du 21ème siècle, tout se vend par million, joie dans les chaumières, euphorie à Wall Street.

Seulement voilà derechef, nous sommes fin 2008.
Décembre, pour être précis.
3 ans depuis l'arrivée officielle des nouvelles machines, plus de 4 ans depuis l'arrivée des premiers kits de développement chez les développeurs.

C'est le temps moyen de développement d'un jeu dit triple A.

En octobre 2008, on pouvait trouver au rayon "tout nouveau vient de sortir" :
-Fallout 3
-Dead Space
-Gears of Wars 2
-Mirror's Edge
-Left for Dead
-Prince of Persia
-Sonic Unleashed
-Tomb Raider Underworld
- et j'en oublie certainement, et je ne compte pas GTA4 et Metal Gear Solid 4 qui sont arrivés il y a quelques mois.

Autant de triples A fortement attendus, d'énormes licences aux budgets colossaux, qui se sont toutes matérialisées au même moment et sont à l'heure actuelle toutes coincées comme des zombies de lundi matin dans les portes du métro à la station décembre 2008.
Bilan : le chaland, faute de moyens, moyens eux-mêmes amoindris par une crise financière significative, ne peut techniquement pas acquérir tous ces titres, et doit donc faire son choix. Du coup, Sony, Microsoft, Bananamoto, pleurent en choeur sur les objectifs non atteints de leur excpectatives du pays des merveilles.

Et on en revient au début de ce billet, avec des studios gargantuesques "consolidant leurs acquis" en se concentrant sur les titres les plus agressifs, technologiquement, et les moins originaux, pour ne pas effrayer le chaland de tout à l'heure qui, peut être, a eu peur de l'air sévère du personnage principal de Mirror's Edge (billet à venir sur celui-là). Rassurons-le donc avec des space marines, ou des soldats de la deuxième guerre mondiale, quasi-madeleines de Proust pour ce média.

Seulement comme tout le monde fait pareil, dans 3 ans, on prend les mêmes et on recommence, avec en plus un vide intersidéral dans le rôle des projets annexes. On aura donc de grands studios, les pieds pris dans le tapis au points d'en avoir les franges dans les cheveux, avec des projets qui auront coûté quatorze fois les yeux de la tête du dernier des dodos, et des ventes minables puisque noyées dans la masse.

Et ils feront quoi après? Bananamoto formera le groupe 'Bananamoto-Walmart-Virgin', avant d'être peu à peu digéré.

Et on enterrera des millions de copies de l'adaptation vidéoludique du dernier Spielberg en date, dans un désert canadien, pour changer du Nevada.

Welcome to 1983.

15 cowabungarrr!:

princesse Quenelle jeudi, 11 décembre, 2008  

Noirceur, noirceur ... On en rajoute une couche avec la mort du papier et du journalisme "traditionnel" ou ça ira comme ça ? :P

Game A jeudi, 11 décembre, 2008  

Je vois que tu as toujours le mode d'emploi pour faire des articles passionnants.

Merci de joindre une copie à gamea@lafaute...

hhbbgdgdba,  jeudi, 11 décembre, 2008  

Whao. Brillant.

Et la suite du scénario ?
Qui fait la Famicom ?

Mochi jeudi, 11 décembre, 2008  

Nostradamatt annonce !
La prochaine Famicom sera l'évolution d'iTunes !
Le coeur ne sera donc plus l'appareil, mais le hub communautaire multimédia dématerialisé! HA !

N'empêche, on en reparle en 2013.

Nikobo vendredi, 12 décembre, 2008  

Tu parles ici du marché du marché des consoles de salon.
Je pense qu'une bonne partie de l'avenir du jeu passera par le PC et les consoles portables.
Le HUB communautaire est une jolie utopie, dont je partage certains idéaux (fini la production couteuse et lourdingue de supports périssables) mais les consommateurs cultivent un coté fétichiste assez compréhensible qui veut que : je donne mes sous = j'ai un objet que je peux étaler sur mon étagère et montrer aux collègues avec un petit sourire satisfait. Donc finalement, je n'y crois pas trop...mais peut-être que les mentalités peuvent encore changer...
Une chose est sure, les consoles et le PC vont muter. Le PC sous sa forme clavier/souris est appelé à changer dans un futur plus ou moins proche tandis que les pads des consoles commencent à avoir l'air de plus en plus anachronique (je ne parle pas de la Wii, un hochet n'est pas un pad).
Pour y aller aussi de mon petit pronostic rêveur, je serai moins pessimiste que toi (avec ton allusion à la première mort du JV en 83) : peut-être que le modèle du JV AAA va devoir se repenser après son effondrement, mais le jeu est trop entré dans les mœurs pour pouvoir s'effacer comme on l'a cru en 83, passé ce qu'on appelait un "effet de mode" (ça c'est uniquement pour la Wii).
Quand une branche pourrie : il faut la couper.
Et ça fait parfois repousser pleins de nouvelles petites branches rigolotes.

Mochi vendredi, 12 décembre, 2008  

Je suis tout à fait d'accor en ce qui concerne la non mort du jeu vidéo. Il ne va pas disparaître, il va juste changer, mais au risque de se faire absorber et digérer par d'autres industries s'il ne change pas de cap.
L'idée d'un conglomérat EA-Walmart vient de mon sentiment qu'ils ne vont justement pas chercher à changer, et continuer à vouloir sortir du AAA à 150 millions de dollars, ce que les studios seuls, affaiblis par une génération catastrophique en terme de revenus (on est en plein dedans), ne pourront assumer. Du coup, ce sont de grands groupes commerciaux qui prendront le relai, redirigeant les projets à leur sauce (on le voit déjà sur cette génération, avec des partenariats dictatoriaux) qui ne feront que brouiller la frontière entre les différents médias (musique, jeux, films) non pas pour un renouveau du loisir, mais malheureusement pour juste prendre encore moins de risques. Je vois donc venir le nivellement par le bas de ce nouveau système économique de production de jeux.
C'est sûr que ce sera une période de renouveau parce que les vrais passionés avides de créer leurs jeux gagneront possiblement en visibilité grâce à la fadeur désastreuse de l'industrie (Fifa 2015 et Call of Duty the Musical seront l'essentiel de ce que l'on pourra trouver) et on le voit déjà aujourd'hui, l'indygaming n'ayant jamais été aussi populaire et alimenté.

En ce qui concerne la plateforme virtuelle, les gens, contrairement à ce que tu penses, s'e contrebranlent des boites et des objets. Les mecs qui font la poussière une fois tous les deux jours sur leurs version Amiga, Snes et Megadrive de Flashback, c'est juste des tordus comme toi et moi, pas madame Michu qui joue à Brain Training sur sa R4.
Donc je pense qu'on y arrive, on a déjà Steam, iTunes qui commence à proposer des trucs pour iphone, le XBLA et le PSN qui s'y mettent petit à petit, sans compter en passant l'avantage indéniable pour les éditeurs que constitue ce modèle économique : piratage plus difficile et marché de l'occasion inexistant.
Au lieu d'avoir x consoles, on aura la plateforme iFun de chez Apple, on aura un truc chez Virgin, et un ou deux dinosaures issus de la culture pc.

Ca m'amuse de faire ces pronostics, mais j'aimerais me tromper, sincèrement.

Nikobo vendredi, 12 décembre, 2008  

Même si je reste persuadé que le consommateur moyen préfère une boite qu'un lot d'octets sur un disque dur, je vois ce que tu veux dire quand tu parles d'iFun...je trouve ça glauque, mais je ne suis pas sur de souhaiter que tu te trompes :
comme pour la musique ou le cinéma, le mainstream deviendra (encore plus) de la merde, quelque chose à fuir, qui plaira aux masses. Mais en contrepartie on reviendra aux heures de gloire de l'underground vidéoludique et du geek maudit, comme aux temps de nos premiers pixels ! On pourra recommencer à se la jouer esthètes snobs d'une sous-culture pestiférées ! Joie !

Mochi vendredi, 12 décembre, 2008  

Hahaha, le problème, c'est que ça on est déjà dedans. ^^
Tu vois beaucoup de casual se palucher sur Edge, toi? Moi non plus.
Le jeu vidéo est déjà, quoi qu'on en dise, un truc de geeks, un marché de niche, etc, dés que l'on sort des gammes Wiisomique et des blockbusters Gta/Gears of War.
Tout le reste, de World of Goo à Megaman 9 en passant par Devil May Cry, c'est tout sauf mainstream.

Maintenant, Dieu vous entende, mon fils.

Mehdi,  lundi, 15 décembre, 2008  

Il fallait lire Bananamoto et non EA dans le deuxième commentaire de Mochi, bien sûr...

Discussion passionnante, normal vu l'article. J'approuve.

Les temps sont durs, honnêtement, même blizzard se met à faire du commercial avec Wow: wrath of the lich king. C'est raccoleur, ça donne envie, et en même temps, on se dit et on sait que c'est la même sauce qui sera appliquée.

Ok, Blizzard faisait peut-être ça avant, mais je tolérais, parce que diablo II bientôt III et Warcraft déjà III.

On ne peut pas dire que l'originalité les étouffe, mais tant que ça renouvelle le genre à chaque version, je suis d'accord. Et je souhaite à Blizzard de racheter Virgin. Et Wallmart.

La conclusion de votre réflexion, de toute façon, c'est que ça va bouger bientôt, parce que stratégiquement, et assez étonnamment d'ailleurs, ils font rien que de la merde les éditeurs actuels. Personnellement, je vois bien Nintendo rebondir et arrêter avec des Zelda 14 et Mario 27. Mais il y a certainement une niche pour de petits développeurs avec de bonnes idées, les copaings! Lancez-vous ;) !

Peterson Gash lundi, 15 décembre, 2008  

L'industrie qui tourne en rond, une crise financière, le piratage à porté de tous (pas sur PS3, peut-être)…

*Dooonng*
La fiinnnn du mmooooonnde est prooooche ! Repentez vous !
*Dooonng*

Aux dernières nouvelles Ubi allait pas trop mal, il me semble ?

Mochi lundi, 15 décembre, 2008  

Ubi ne va pas si bien que ça, mais s'en sort mieux que les autres, globalement.

Chouix > Le problème c'est que ce n'est pas la faute des éditeurs, c'est ça le soucis. On a rarement eu autant de titres originaux et de qualité ! C'est le public qui ne suit pas, faute de moyens, mais parfois faute de goût. Nikobo vient de m'apprendre que le pack PS3 + Little Big Planet se vendait moins bien que le pack PS3 + Bienvenue chez les ch'tis en blueray. (-_-')

Je veux ma maman...

Mehdi,  mardi, 16 décembre, 2008  

!!!!!!

I want my mummy too... :'(

Sagat vendredi, 30 janvier, 2009  

J'ai découvert ce billet d'humeur fort bien rédigé sur les forum de Gamekult. Je ne sais pas pourquoi mais j'avais le pressentiment que celui-ci allait passé à la trappe. Ce qui a été fait illico. Pourquoi d'après toi ? Et ma question n'est pas rhétorique.

Cela dit, je suis assez d'accord avec cette vision des choses, étant joueur depuis très longtemps, je trouve que les jeux ne véhiculent plus la même choses qu'avant, ou ils n'étaient simplement que des jeux.

Je côtois joueurs et développeurs chaque jours, les dèv se plaignent de n'être que des pions. Les joueurs quand à eux, ont bien changés. Nous somme sommes passés du gentils geek prenant son pied parce qu'il possède un certain skill à des types qui s'extasient devant l'esbroufe technique offerte par les consoles d'aujourd'hui. Ou l'achat est motivé non pas par le gameplay (quoi que sur Wii...) mais par le hype. Ces types sont pour la plupart des fils à papa qui auront oubliés qu'un jour ils ont joués aux jeux vidéo. Et avec ça, une presse consensuel voir à 90% publi-rédac... Nous sommes vraiment entrés dans une industrie, avec tous les aspects attrayants que peut avoir une chaine de montage.

Anonyme,  mardi, 02 avril, 2013  

2013 je tombe totalement par hasard au détour d'une recherche sur ce blog ! Incroyable ce que je lis ici ! Presque tout est vrai sauf sur le cas de la Wii qui a su se renouvelé avec des jeux vraiment typés "jeu vidéo". La seul machine, de part son archi "veillotte" et sa façon de jouer qui s'est démarquée du multi supports rampant des PS/360.

Le reste bah c'est triste, mais c'est démat à toutes les sauces, la fin des supports avec la fin des consoles et les terminaux de jeux. Mais dans l'histoire la faute n'est pas qu'aux financiers, les développeurs en sont aussi de leur poches à force de bosser sur n'importe quoi pour n'importe qui.

Matt Gallais mardi, 02 avril, 2013  

Haha, ce blog a la peau plus dure que je ne l'aurais imaginé! :)
Le marché a évolué, un peu comme je l'avais imaginé, un peu différemment aussi. Le démat' me semble moins saugrenu aujourd'hui qu'à l'époque (et bonjour l'erreur concernant la Wii, tu parles d'un devin ^^) et économiquement, il permet de baisser les tarifs des jeux, qui étaient le nerf de la guerre, selon mon post.
Je bosse toujours pour un gros studio, et toujours sur des gros jeux, le vent n'a pas vraiment tourné vu que visiblement, le public a les poches plus extensibles que je ne le pensais.
En revanche, un marché parallèle de jeux plus petits et moins coûteux (à faire et à acheter) s'est créé et est maintenant robuste, donc tant mieux.
Content que tu aies trouvé la lecture intéressante! :)

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